Why so sad?

Publié le 23 Janvier 2015

Hello le gens. Nombre Premier, de retour. J’ai peu publié ces derniers temps. Pas facile d’expliquer pourquoi, même moi je ne sais pas trop pourquoi j’avais moins envie d’écrire. C’est étrange le blog, en tous cas dans mon cas : quand je suis heureuse j’écris moins, et quand je suis très triste j’écris moins aussi. Je ne sais pas trop quoi faire des extrêmes. J’ai peur de mal les communiquer, et je suis un peu pudique. Alors je préfère me taire.

Mais j’ai un peu envie de reprendre la parole aujourd’hui, sans trop savoir pourquoi. Il fait super froid. Je suis calfeutrée au chaud, dans une boutique quasi déserte malgré la période de soldes. Je n’étais pas très bien cet automne principalement professionnellement. Depuis six mois, les affaires ne vont pas bien. Je n’ai pas trop su gérer cet état de fait. Ma boîte, c’est le fruit de beaucoup de décisions pas évidentes et la somme d’énormément de travail, alors dès qu’il lui arrive un truc, il se répercute sur moi comme si on était des jumelles dans une émission de M6. Là, la boîte ne va pas bien, alors moi aussi, je n’allais pas bien. J’en souffrais moralement, physiquement. Journées de plomb, plus goût à rien, inquiétude de l’avenir, l’impression qu’il n’y a pas de solution. Culpabilisation aussi, beaucoup : pourquoi je n’y arrive pas ? Qu’est-ce que j’ai raté ? Est-ce que je n’aurais pas pu faire plus ? Mon grand frère m’avait prévenu, à l’ouverture : L’important, c’est que tu fasses ton maximum, pour pouvoir te dire à n’importe quel moment, je n’ai pas de regrets, j’ai fait tout ce que j’ai pu. J’ai des regrets, clairement. J’ai des remords, des regrets, des doutes et même une pointe d’amertume. Je sens la fin comme un cheval sent l’écurie. Je me laisse encore quelques mois, histoire d’y voir plus clair. Mais les amis, il y a une chance qu’il faille mettre un point final à cette histoire de culottes.

Parfois, je m’en veux. Je m’en veux de m’être laissé embarquer par moi-même dans cette aventure qui prend de temps en temps des airs de galère. J’essaie de retrouver la personne que j’étais il y a deux ans, qui quittait la sécurité de l’emploi sans un regard en arrière, qui était persuadée qu’en travaillant dur et qu’en étant bonne à ce que j’avais choisi de faire, les choses marcheraient forcément. Je crois très fort au mérite, au dévouement, à la récompense du juste et du bon. Mais évidemment, en économie ça ne suffit pas. Je m’en veux de ne pas avoir élaboré de meilleures stratégies, de ne pas avoir réseauté plus, de ne pas avoir fait preuve de plus d’acharnement. Je m’en veux aussi de m’être lancée seule, même si à la fois c’est exactement ce que je voulais et je ne l’ai jamais regretté. Mais là, j’arrive au bout de mes capacités, au bout de mon énergie et de mon élan.

Ce n’est pas facile d’en être là dans sa tête, pas facile de se dire qu’il va peut-être falloir défaire tout ce qui a été fait. Je me trouve lâche un peu, capricieuse, fragile, démotivée et hésitante. Mais je n’ai plus une thune, tout comme ma boîte, et les perspectives d’avenir en ces temps incertains sont assez floues. On verra la décision qui sera prise ou non dans quelques mois. Mais, fidèle à ma ligne éditoriale en écrivant ici, j’informe de mon état d’esprit du moment et des quelques mois passés. C’est quelque chose que j’ai peu lu, les mots d’entrepreneur qui ferment boutique, qui passent à autre chose, parfois une autre boîte d’ailleurs, mais qui en tous cas clôturent un projet, y mettent fin. Je ne sais pas encore si j’écrirais le mien sous peu, mais j’y pense de temps en temps.

En attendant, on va de l’avant. Il y a les nouveautés et les maillots de bain à mettre en rayon, le Salon de la Lingerie ce week-end, les commandes à honorer, les clients à conseiller, la putain de compta à terminer. La vie, quoi. Comme moi, la boutique souffre un peu mais continue à vivre. Et moi, ça va mieux depuis que j’arrive à mettre des mots sur ce qui risque d’arriver. J’ai un peu sorti la tête de l’eau. J’en ai parlé à mes parents, aux amis que j’ai vus depuis Noël, à mes fournisseurs. Avouer ce qu’on a sur le cœur, ça permet de s’alléger d’un poids. J’en ai parlé à l’Anglais que je fréquente depuis quelques mois. Il a répondu C’est pas grave. Un peu quand même, non ? Non. C’est pas pour minimiser ce que tu ressens, mais c’est pas grave parce que tu feras quelque chose d’autre. Il ne faut pas t’inquiéter. On voit bien que ce n’est pas lui qui risque de se retrouver avant des milliers de culottes et un emprunt sur les bras.

Du coup, je m’occupe des choses dans ma vie sur lesquelles je peux exercer un certain contrôle. Mon appartement, par exemple. Je me suis lancée dans plein de tri : mes bijoux, mes soutien-gorges, mes jeans. J’ai changé de lit (il manquait sept lattes à l’ancien). J’ai reçu en location aimable un écran plat qui me permet maintenant de mater Little Britain en DVD tout en jouant à Terraria sur mon ordinateur – orgasme domestique. J’ai acheté une machine à croque-monsieur aussi, parce que le fameux Anglais en a marre de ne rien avoir à se mettre sous la dent quand il vient à la maison. Bah il n’a qu’à faire la cuisine ? Juste une suggestion. Sinon, moi ça ne me gêne absolument pas, des Pringles ou du DoMac à tous les repas.

C’est en hébergeant de temps en temps quelqu’un chez moi que j’ai récemment réalisé le poids des obligations domestiques. Perso, quand je suis toute seule, repousser le ménage ou les courses d’une semaine ne me fait ni chaud ni froid. Mais quand tu es deux (ou plus), déjà tout se salit plus vite. Tu ne peux pas utiliser du Sopalin comme PQ pour dépanner. Enfin tu peux, mais c’est hardcore. Tu utilises beaucoup plus de mouchoirs que d’habitude à cause de ta vie sexuelle (mais qui songerait à s’en plaindre, déjà bien beau d’en avoir une, même épisodique !) L’autre personne a faim, mais bizarrement, elle refuse d’ingurgiter des tranches de pain de mie à rien pendant des jours. A un moment ou à un autre, tu es donc obligée de t’aventurer à Carrefour Express où tu achètes des aliments non processés, c’est-à-dire de la nourriture que tu vas transformer en nourriture différente en la CUISINANT. Diantre. J’ai même acheté des clémentines, une fois, c’est dire. Et l’autre personne, aussi, elle insiste pour boire dans un verre et non à la bouteille ou dans un gobelet en plastique. Verre que tu dois donc laver, ainsi que la tasse de son thé, son assiette et ses couverts, plus tous les ustensiles nécessaires à la transformation magique susmentionnée. Bref, il faut faire la vaisselle, l’une des choses que je hais le plus au monde.

Et même quand j’arrive à faire tout ça, parfois ça me prend sans crier gare et je me dis que je pourrai faire plus, ou mieux, ou autrement. L’appartement n’est, au fond, jamais totalement propre. Et d’un coup je me mets à penser à la poussière derrière les toilettes, aux joints parfois un peu moisis de la douche qui refusent de redevenir blancs, au coin de mur tout gris derrière mon meuble à chaussures, aux moutons de poussière qui traînent sous mon (nouveau) lit. Chez vous aussi c’est comme ça ? Chez vous aussi, il y a des résidus inexorables de saleté qui font que votre intérieur échappe à la perfection ? Ça me rassurerait. Parce que sinon, je me dis qu’il faut que je fasse quelque chose à leur propos et du coup je me sens fatiguée.

Allez, je vais conclure ce joli monologue ici, en revenant sur le sujet initial qui était la boutique. Quand il n’y a personne, je geins qu’il n’y a pas de clients. Quand il y a du monde, je geins qu’elles sont chiantes. C’est souvent de la mauvaise foi et plutôt le signe d’une inquiétude généralisée, mais je suis plus à fleur de peau que d’habitude et la moindre phrase me donne envie d’étouffer les gens avec un porte-jarretelles. Top 10 des phrases que je n’en peux plus d’entendre (surtout en ce moment) :

- Voilà, en fait je sais pas trop quelle taille de soutien-gorge je fais. Je pense peut-être du 90D (elle fait du 80H). Vous pouvez prendre mes mesures ? Du 80 ? Mais je vais m’étouffer ! (faudrait savoir, je t’aide ou je t’aide pas ?)

- (depuis la cabine d’essayage) Un bonnet de plus ? Ça ferait quoi, du G ? Ah non je suis désolée mais psychologiquement je peux pas. Oui, je vois bien que le F est trop petit, mais G c’est pas possible. (il semblerait que certaines soient dans le déni le plus complet)

- Vous avez du noir ou du beige basique, pour tous les jours, en soldes ? (bah non. Comme son nom l’indique, le basique pour tous les jours n’est jamais soldé car il se vend toute l’année !)

- (en sortant de la cabine) Bah en fait je vais rien prendre parce qu’aucun des modèles me plaît, je les trouve plutôt moches. (Et ta mère, elle est moche ?)

- (en sortant de la cabine, après avoir essayé vingt modèles –sans exagérer) En fait je vais rien prendre, y’en a aucun qui allait. (C’est juste impossible. Une fois qu’on a trouvé la bonne taille, sur vingt modèles, il y a forcément quelque chose qui va. Non ? Non.)

- (en sortant de la cabine) En fait j’ai rien trouvé… Vous ne connaîtriez pas d’autres boutiques comme vous à Paris ? (ben déjà non, et même si c’était le cas, je ne compte pas exactement t’imprimer un Mappy pour que tu y ailles)

- (en tenant à la main un string taille 52) Oulala, mais c’est vraiment très grand ça. J’ai jamais vu ça ! Mais il y a vraiment des gens qui portent ça ? Faut oser quand même. (Mais parce que tu fais du 38, tu as plus de légitimité à te mettre une ficelle dans les fesses ? Ben non).

- (à sa copine) Je vais essayer tout ça, mais je sais déjà que j’achète pas, je vais attendre les soldes de juillet. (Aucun souci, reste deux heures (vraiment, deux heures) dans mon magasin pour faire des essayages avec ta copine pour ne rien acheter avant six mois, dans le meilleur des cas. Vas-y, ne te gêne pas, c’est la fête !)

- Mais il ne vous reste plus de 90F en soldes ? Ah mince ! C’est toujours comme ça, moi y’a jamais ma taille nulle part… (Bah si tu n’attendais pas la troisième démarque pour venir ou que tu achetais non soldé, on l’aurait ta taille !)

- (au moment de payer) Ah mince, j’ai oublié ma carte bleue. Vous pouvez me le mettre de côté et je repasse demain ? C’est sûr, je reviens demain sans faute. (Elle ne revient JAMAIS).

Allez, bon week-end à tous, talk to you soon !

Rédigé par Nombre Premier

Publié dans #Wannabe entrepreneur

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aline 29/01/2015 12:32

Bonjour, décidément, j'aime ta prose, ravie de te relire ! Pourrais-tu m'envoyer par mail l'adresse de ta boutique ? Depuis que je lis ton blog je rêve de la trouver et de découvrir enfin ma vraie taille de soutif (j'avoue que je n'ai jamais osé me faire mesurer... je suis la pudeur). Promis, même si c'est H ou G j'aurai même pas peur. Bises

Nombre Premier 15/02/2015 10:52

Désolée, je mets toujours une plombe à répondre ici... Mais oui, je t'envoie l'adresse! :)