Etat des lieux

Publié le 3 Mai 2015

Il est dimanche soir et le dimanche soir, c’est MacDo. Ou traiteur chinois, c’est selon, mais ce soir il était fermé. J’ai déménagé cette semaine, alors je n’ai pas encore pris mes marques dans les rues avoisinantes. D’aucuns souligneront le fait que je n’ai déménagé que d’une rue vers l’ouest, mais tout de même. Pas le même Franprix, pas le même arrêt de bus, 5 minutes de marche de plus le matin, et mon monde est chamboulé. Je réalise à quel point on vit vite dans une bulle, dans des habitudes solidement ancrées, que ça fait du bien de bousculer de temps en temps, même si ce n’est pas de mon fait. J’ai fait le ménage dans mon ancien appart ce matin, et ça m’a permis de réaliser avec joie que le nouveau est bien mieux. Il y a une fenêtre dans la salle de bains pour aérer, des WC séparés et deux vraies pièces. Le luxe.

J’ai reçu mes meubles Ikea samedi matin. Je lui ai tous montés, à l’exception du canapé Lüngvik (de mémoire) et de l’étagère pour le coin cuisine. Je suis super fière de ma table qui se déplie, sur laquelle j’écris en ce moment même. J’étais persuadée que j’allais merder quelque part et qu’en fait j’allais m’apercevoir à la fin qu’elle ne se dépliait pas ou alors pas comme il faut, mais en fait je suis un génie d’Ikea et tout fonctionne parfaitement. On va oublier l’étagère Billy qui est toute tordue près de mon lit.

Toujours des eaux troubles, dans la bonne vieille lignée chelou de 2015. Fermeture imminente de la boutique – enfin, fin juillet. Ça se rapproche. La gestion du quotidien continue, avec en plus la liquidation dont il faut s’occuper, mais aussi la recherche de boulot pour la rentrée qui commence. Je suis sur Cadremploi là, dans mes autres onglets. J’ai paramétré la recherche la plus large possible, histoire de voir. Je navigue à vue. J’aime bien jeter un œil aux offres dans les moments comme celui-ci, où je suis physiquement fatiguée et sur le point d’aller dormir. Ça enlève les faux filtres de l’optimisme, tu sais les petites voix qui te disent Un poste de chef de rayon en hyper au fin fond du 94 où tu bosses six jours par semaine ? Mais on sait jamais, ça peut être top ! Ça peut être top, chacun voit midi à sa porte. Mais en fait, moi, ça me dit pas trop. Je sais pas ce qui me dit, en fait, c’est un peu mon problème. Je me sens ramenée à l’après école de commerce, quand je commençais à chercher du boulot et que c’était le champ des possibles. Les offres défilent et comme aucune ne demande une expérience en entreprenariat, c’est comme si mon profil correspondait à toutes. Mais je ne pense pas que ça marche comme ça. Alors je postule à tout et n’importe quoi, en attendant de voir déjà qui me rappelle. Il sera toujours temps de réfléchir aux vrais critères plus tard. Et puis, il faudra bien travailler, alors pas trop le temps de tergiverser. Je lis entre les lignes de ces offres prometteuses, j’entrevois à nouveau les open spaces et les tableaux Excel. Je sais que la plupart de mes amis ne les ont jamais quitté et ne s’en portent pas plus mal. C’est un sentiment étrange. A l’époque où il y avait encore le pompier queutard star de ce blog à son insu dans ma rue, il me tenait des discours du style Une fois que tu as été ton propre patron, impossible de revenir en arrière. Je lui riais au nez, en lui répétant que je n’ai aucun problème avec la hiérarchie ou le salariat. Et c’est toujours vrai. Mais il y a quelque chose qui va me manquer.

Comme tous les êtres humains, je suis pleine de contradictions. Je vais regretter ce qui me pèse aujourd’hui, je vais vouloir garder ce qui est dur à gérer au quotidien. La liberté totale, dans le sens où j’ai plus de contraintes que dans un travail de bureau, mais c’est moi-même qui me les impose. L’autonomie totale. Le sens des responsabilités à 100% - personne pour partager le blâme, ni à qui exposer tes doutes. Les décisions sans en passer par douze personnes en copie du mail. Les journées qui passent sans trop se ressembler grâce à mes différents interlocuteurs – qui sont aussi malheureusement des clients. Je dis malheureusement parce qu’il y a les clients sympa et les clients moins sympa, mais ça fait partie du métier. Le conseil aux gens, c’est chouette, gérer les relous, ça l’est moins. Bref. Je fais un petit bilan en me disant que ça peut m’orienter pour la suite. Mais en fait j’en sais rien.

Une partie de moi a envie de se dénicher un boulot pépère où je ne ferai pas grand-chose de mes journées, à produire gentiment de l’Excel et à réfléchir à mon programme du week-end. Une autre partie de moi sait qu’elle va se faire chier à mourir, comme pendant mon premier boulot. Et cette même partie a même peur de retrouver cet état d’esprit, parce que ça allait au-delà de l’ennui. Je crois que c’était presque un petit breakdown, quand j’y réfléchis. Rien que le fait de revoir la moquette bleu marine dans ma tête et de refaire mentalement le chemin entre le métro et le boulot, j’ai la nausée. Il faut que je me mette dans le crâne que chaque travail de bureau est différent. Que ce que j’ai vécu une fois, je ne le revivrai pas forcément. Déjà parce que moi-même, je suis différente.

Je suis résignée. Ça peut paraître inquiétant ou triste, parfois c’est aussi l’impression que ça me donne. Cela dit, je crois bizarrement que ça augure le meilleur pour la suite. Nombre Premier businesswoman, c’est fini. Ça a été, ça a échoué, en tous cas ça s’est arrêté. Une nouvelle page va se tourner. Je n’attends pas grand-chose de mon prochain boulot, en termes d’intérêt ou de passion. Mais cette fois, je sais à quoi m’en tenir. Je sais que l’herbe n’est pas toujours plus verte ailleurs. Je sais que je n’aurais pas à me soucier de payer le loyer de la boutique tous les mois, de passer mes samedis à bosser ou à calculer précisément mes quinze jours de vacances annuels. Cette fois, on se la refait, mais sans regret, sans rêver d’être ailleurs, sans penser à une autre vie. Je vais retrouver la vie de bureau avec une certaine forme de soulagement – ce qui n’empêche pas l’immense regret ni la tristesse, bien sûr.

Et si je ne concentre plus mon énergie sur le développement de mon affaire, il va falloir que mon énergie se canalise ailleurs. Et c’est là que ça devient intéressant. Parce que j’ai encore des milliers de projets plein la tête, notamment d’écriture, artistiques, perso. Bref. Ça se trouve, les premiers mois, mon principal projet sera de glander sur mon nouveau canapé Ikea en matant Cauchemar en cuisine sur ma nouvelle TV reliée à la fibre. Ou alors prendre un bain dans ma super baignoire (eh ouais, pour la première fois de ma vie, j’ai une baignoire). Ou alors utiliser enfin à fond ma carte de cinéma UGC. On verra bien. Ne rien faire, ça fait du bien aussi parfois. Je me reconstruis une confiance en l’avenir petit à petit, et c’est rassurant. Bonne semaine à tous – en espérant que vous faîtes le pont ! Talk to you soon.

Rédigé par Nombre Premier

Publié dans #Ma life

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MacadamCowboy 06/05/2015 09:11

Pour toi la vie va (re)commencer ! Best of luck, l'avenir tend les bras pour te faire un tendre calin !

Nombre Premier 19/05/2015 13:59

Tu ne peux pas savoir comme ça me touche que tu continues à me lire après ces mois (années en fait) qui continuent à passer. J'espère que la vie prend soin de toi aussi, et que 2015 est un bon cru. Je t'embrasse!