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Publié le 21 Mars 2012

Il m’a été fait la remarque (par deux fois) que j’avais une légère tendance à déprimer mes lecteurs. Si je reprends l’historique des dix derniers articles de ce blog, nous avons en vrac :

- du bashing de Cosmo et Glamour en pagaille

- un article sur les reply girls (donc des seins)

- une exploration des rapports de désir dans une entreprise

Certes, il y a bien cet article sur l’écriture, un peu post-adolescent. Et celui sur les jeunes adultes qui ne sont pas heureux dans leur vie. Et aussi celui sur les jeunes adultes qui ne sont pas heureux au boulot. Oui. Je vois ce que vous voulez dire. Certains pourraient effectivement trouver ce blog déprimant.

Donc, aujourd’hui, rassurez-vous, c’est un sujet fun fun fun : les plans à trois. Qu’on ne me dise pas que c’est déprimant !

Bref. Les plans à trois, donc. Moi je pensais que c’était un peu comme la religion : beaucoup de croyants mais très peu de pratiquants. D’après Marie-Claire, seuls 7% des Français auraient déjà testé. Parmi mes ami(e)s, je n’avais eu vent que d’une personne s’étant approchée de la révélation, un soir d’été, en vacances. Avec son meilleur pote, ils avaient rencontré une fille des plus charmantes sur la plage, avec qui ils étaient allés prendre un bain de minuit. Après moult tripatouillages, ils étaient sortis de l’eau, ravis, mais sans être réellement passés à l’acte. Ils avaient moins de vingt ans, c’était un bon souvenir de vacances.

En école de commerce, j’ai heureusement pu rencontrer des paroissiens occasionnels, et même de fervents pratiquants. Dans le premier cas de figure, une amie m’a raconté que ça avait commencé comme un jeu : avec une bonne copine et son mec, ils rigolaient sur leur faux ménage à trois. Et puis un soir, il y avait de l’alcool, et il y avait une envie surtout, donc ils sont tranquillement passés à l’acte, en toute camaraderie. C’est un peu l’image d’Epinal du plan à trois : la soirée entre potes qui dérape, la bonne ambiance, pas glauque du tout. Dans cette optique, Ubisoft a lancé début 2011 un jeu Wii appelé Petits flirts entre amis, dont voici une image d’illustration :

http://static2.cdn.ubi.com/gamesites/wedare/WeDare_Hero_FR.jpg

Le concept : 40 mini-jeux « hilarants » et surtout propices aux rapprochements physiques, comme :

- Croquer la vie à pleine dent !

Une manette est placée entre deux joueurs qui doivent appuyer sur les boutons avec le nez pour croquer la pomme.

- Même sous la pluie, il est possible de séduire à Venise !

Deux joueurs placent une manette entre leur corps et doivent éviter la pluie en se balançant sans faire tomber la manette. 

- Ne laissez pas tomber votre partenaire !

Le premier joueur s’assoit sur une chaise et un deuxième joueur s’allonge sur ses genoux. Le premier joueur contrôle les avatars en utilisant la manette dans la poche arrière du deuxième joueur. 

Inutile de dire que le jeu fut un flop complet. Les critiques lui reprochèrent d’être trop timide et de rester un party-game interdit aux moins de 12 ans plutôt qu’un vrai jeu « pour adultes seulement ». Petits flirts entre amis avait au moins le mérite de fournir une stratégie d’approche pour un couple voulant essayer un plan à plusieurs. « Vous faîtes quoi samedi soir? Parce qu’on a acheté un nouveau jeu qu’on aimerait bien tester avec Marion… »

J’imagine que si la plupart des plans à trois dont j’ai entendu parler impliquaient de l’alcool, c’est pour le côté désinhibant. Tu peux très bien en avoir envie sobre, mais comment le dire, comment provoquer la chose, comme le faire comprendre aux autres, et si eux ils n’ont pas envie… ? C’est beaucoup plus simple de tous boire un bon coup et de voir ce qu’il se passe (avec un peu de chance, banco !)

Dans les magazines féminins (toujours eux) mais aussi parmi mes amies, j’ai rencontré plusieurs fois le cas de figure où, dans un couple, le mec a envie et la fille pas trop. Alors il fait de subtiles allusions, lui demande de montrer les filles qui lui plaisent en soirée… C’est marrant, parce que souvent, ces mecs-là n’imaginent même pas une seconde que le plan à trois n’est pas forcément synonyme de FMF : Female Male Female. Ils sont à fond dans leur fantasme à eux, qui inclue souvent deux filles et un peu de girl on girl action, et occultent totalement le fait que ça se trouve, leur copine, elle serait déjà plus partante pour un MMF : Male Male Female. L’excellente Maïa Mazaurette, qui tient le blog Sexactu, a écrit un billet sur le sujet intitulé La malédiction du plan à trois, où elle dit : Je n'ai jamais rencontré UN mec acceptant l'idée d'un plan à trois FMM. (…)Les garçons partent en courant parce que pour eux, l'investissement émotionnel et physique semble énorme. Ils ne peuvent pas envisager d'être un peu bourré et d'en rigoler le lendemain. Ils pensent sodomie et frottement testiculaire, ce que personne ne leur demande. Je pense que ça vient du fait que si le mec se trouvait embringué dans un plan à trois avec deux filles qui ne se touchent pas, une partie du fantasme s’évaporerait et il serait super déçu. Le fait que les deux filles fassent des trucs ensemble fait intrinsèquement partie du fantasme trioliste masculin. Alors que, comme le dit Maïa, les deux participants pourraient ne jamais se toucher que ça ne me dérangerait pas. La fille fantasme généralement sur un plan à trois avec deux mecs parce qu’elle se dit qu’ils vont s’occuper d’elle, qu’elle sera au centre de l’attention. Le fait que les deux mecs fassent des trucs entre eux peuvent bien sûr accroître son excitation, mais n'est pas un point crucial du fantasme.

Donc mesdemoiselles, si votre moitié insiste lourdement pour faire un « truc à trois, allez, ça peut être marrant » (et que vous tenez tout de même à le garder dans votre vie malgré sa subtilité d’éléphanteau), vous pouvez toujours répondre que vous êtes partante, mais avec un mec. Un de ses potes, même. Jérôme, il est pas mal, non ? Tu le trouves comment, Jérôme, il te plaît ? Ben, pourquoi tu t’en vas ?

Pour les plus intéressés, et surtout parce que c’est très marrant, je vous conseille de lire cette présentation du Guide du plan à trois. Le guide en lui-même coûte 29 euros, mais la page explicative est bien suffisante. Le titre : Une Méthode bien Rôdée pour Décupler vos Chances de Réaliser le Fantasme Numéro UN des Hommes : Faire un Plan à Trois ! 

Si l'idée d'un plan à trois est à l'heure actuelle votre plus grand fantasme,

Si la simple évocation d'un plan à trois suffit à vous exciter et à vous déconcentrer pendant 5 minutes,

Si vous en avez marre de regarder des vidéos tout seul sur votre ordinateur en vous imaginant à la place de l'acteur,

Si vous êtes prêt à vous mettre en danger pour une fois, pour tirer le gros lot,

Si vous êtes prêt à envisager de prendre quelques râteaux parce que le jeu en vaut la chandelle,

Si vous voulez ENFIN relever un vrai défi: celui de ramener chez vous deux filles en même temps...

Alors les lignes qui vont suivre sont les plus importantes que vous lirez aujourd'hui...

Pas difficile en même temps, je ne suis pas sûre que les personnes concernées ayant sérieusement atterri sur cette page lisent autre chose aujourd’hui.

Moi, ma grande question, ça a toujours été l’après. Pas dans le cas du plan à trois d’un soir, le coup de folie (ou d’ivresse) entre potes, ou même entre inconnus. Plutôt dans le cadre du couple qui décide pour cette fois d’inviter une troisième personne dans leur lit (peu importe son sexe). Le lendemain soir, quand ils se retrouvent à nouveau en tête à tête dans leur lit, leur façon de faire l’amour a-t-elle changée ? Est-ce que le sexe à deux ne paraît pas un peu ennuyeux ou un peu plan-plan par rapport au sexe à trois ? Est-ce qu’il va falloir multiplier ce genre d’expériences pour éviter d’avoir l’impression de tomber dans une routine ? La réalisation de ce fantasme, en définitive, n’est-elle pas très difficile à négocier pour un couple ?

Et plus j’y réfléchis, plus je me dis que non. C’est comme la messe de Noël. C’est la plus funky des célébrations catholiques, avec les chants et la crèche vivante, et elle n’a lieu qu’une fois par an. Mais sa rareté multiplie le plaisir qu’on y trouve. La même fréquence me paraît appropriée pour le triolisme.

C’est simple, sur le calendrier, mettre une croix à côté du 24 décembre : messe de minuit et plan à trois.

Rédigé par Nombre Premier

Publié dans #En dessous de la ceinture

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anacleta 21/03/2012 19:32


Hey!


Je te lis depuis qlq mois, sans jamais laisser de com'( ça va changer bordel!)... c'est quoi ces lecteurs qui jugent tes textes trop déprimants? selon moi, ils ne te lisent pas régulièrement...


perso, tes textes je les trouve justes, touchants; certains plus légèrs et d'autres plus profonds, drôles aussi. tes textes reflètent ce qu'est la vie, c'est à dire ambivalents, avec des hauts et
des bats, des moments de folies et de réfexions... 


go on!

Nombre Premier 22/03/2012 10:02



Wow, merci pour ton commentaire! Ca me fait très plaisir :) Merci merci beaucoup, j'ai un grand sourire dans l'open space. Comme je m'inspire de ma vie (et de celle des autres aussi), comme tu
dis, il y a des hauts et des bas... Je garde précieusement ton commentaire pour les moments de "bas"! A très vite!