On est toujours le relou de quelqu'un

Publié le 23 Février 2012

Il y a une fille, au bureau, elle est trop relou. Je ne peux plus l’encadrer. Rien de grave, une somme de petits détails insupportables. La façon dont sa chaise grince tout le temps. Elle ne peut pas en changer, de chaise ? On dirait qu’elle ne s’en rend même pas compte alors que ça me scie les nerfs. Elle ne fait pas le tri, aussi. C’est pas compliqué : poubelle blanche, papier, poubelle noire, tout le reste. Soi-disant qu’on lui a volé sa poubelle blanche, du coup elle entasse tout dans la noire, qui déborde de feuilles mal imprimées. Son bureau est un bordel monstre : on y trouve à l’heure actuelle un calendrier de 2011, un baume à lèvres, deux bracelets, plusieurs piles de Post-it, des Srepsils menthe, un repose-poignet en forme de CHAT, une carte de Noël en allemand et une boîte de chewing-gums. Ajoutez à cela plusieurs tas de feuilles empilées pas droites et des classeurs qui penchent dangereusement. On ne voit même plus le téléphone. Les auditeurs frémissent quand elle dit « Un instant, je vous cherche la feuille ».

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En fond d’écran, elle a un paysage débile genre plage de sable blanc, le truc plus cliché tu meurs. Elle n’arrête pas de se tripoter les cheveux et parfois ça la prend, elle essaie de se la jouer hipster et elle se fait un chignon avec un crayon à papier planté dans sa tignasse. Evidemment, ça tient deux minutes et puis ça part en sucette, elle a l’air d’une folle et elle se balade dans les couloirs avec le crayon qui dépasse à un angle bizarre.

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Bizarrement, en vrai, ça ne rend jamais comme ça.

Et puis c’est une glandeuse. Elle va à la machine plusieurs fois par jour chercher un Coca Zéro, parfois même à neuf heures du matin, alors que les gens normaux en sont à peine au café. Elle apporte souvent un croissant de la boulangerie qu’elle dévore devant son ordi en mettant des miettes partout et en lisant 9gag et Rue89. Alors que moi, je suis déjà en train de compter des trucs. Elle textote sans arrêt sur son Iphone, je l’ai bien grillée. Parfois, elle va carrément prendre un appel dans le couloir, où elle ricane à gorge déployée. De toutes façons, elle rigole tout le temps, pour rien, même quand c’est pas drôle, même quand on parle boulot, même quand on n’a pas le temps.

Et puis elle passe sa journée sur Facebook. Probablement sur le chat, en plus, parce que je l’entends taper sans arrêt. Le midi, elle veut toujours parler de trucs nuls genre les programmes télé ou le film qu’elle a vu la veille. Une fois, on a parlé d’opérations boursières, elle m’a regardée avec des yeux ronds. Elle se moque un peu des gens, en plus. Quand Collègue Spychopat a demandé si un bébé de six mois commençait à parler, elle a ri d’un air cruel, comme si c’était la première des évidences. Ce n’est pas parce qu’elle a un neveu dont elle montre les photos « choupi-trognonnes » à tout le monde qu’on est obligé de parler bébés. Et un afterwork n’est certainement pas une bonne raison pour partir à dix-neuf heures. Sans compter que c’est Miss Potins celle-là : et comment c’était l’apéro stagiaires, et Machine elle va bien, et ci, et ça… Franchement, elle n’a pas d’autres sujets de conversation ?

Ah oui, j’oubliais le plus important : elle ne comprend rien en compta. Enfin, pas rien, vous voyez ce que je veux dire. Du coup, elle pose les questions qu’elle-même doit juger débiles à la gentille Collègue Blonde, et pas à sa chef. Elle a deux formations « techniques » cette année, dont une sur le tableau des flux méthode indirecte, j’ai hâte de voir ce que ça va donner !

Bref. J’ai une collègue reloue.

Ah zut. Cette collègue, c’est moi.

Rédigé par Nombre Premier

Publié dans #Vie de bureau

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Valmens 23/02/2012 18:00


C'est flippant, je me retrouve beaucoup dans ta description... on reste quand même amis?

Nombre Premier 24/02/2012 18:03



Ah cool, on est pareil :) Donc bien sûr qu'on reste amis! (surtout qu'on ne bosse pas ensemble)