Premier soir

Publié le 16 Avril 2013

Haha, ça y est, j’ouvre la porte, la clé tourne dans la serrure. J’ai une trouille pas possible et des nœuds dans le ventre. Heureusement que j’ai rangé tout à l’heure. Enfin, à peu près quoi. Disons qu’au moins c’est propre. Il me suit dans l’entrée, regarde autour de lui d’un air poli : C’est joli, chez toi. Si c’était moche, ça serait pareil ; on n’est pas dans D&co. Je pose mon sac dans l’entrée le plus naturellement du monde, comme s’il y avait tous les jours un porte-clés vide et bien aligné avec la lampe, prêt à recevoir de vraies clefs et non les chewing-gums qui traînent en vrac dans mes poches ou de vieux tickets de caisse roulés en boule. Je me dirige vers le coin cuisine : Tu veux boire quelque chose ? Dis oui, dis oui, dis oui. Parce que moi, j’ai dramatiquement besoin d’un verre d’un vin.

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Avec plaisir, la même chose que toi. Nickel, comme sur des roulettes. Je sors les deux verres à pied que j’ai pris soin de laver tout à l’heure et une bouteille de blanc habilement mise au frais il y a deux heures, à côté des deux litres de Coca Zéro qui constituent mon ordinaire. Je le vois se balader lentement dans la pièce, tripoter un truc par-ci par-là, regarder les photos qui ornent les murs, le bordel qui orne mon bureau. J’ai un petit rire un peu nerveux : Désolée, c’est pas super bien rangé. Très bon ça, il va penser que là c’est mon appart pas rangé au lieu de mon appart rangé, je vais passer pour une fille ordonnée, c’est chouette ça. Qui n’aime pas les gens qui rangent ? Personne.

Je le rejoins au milieu du salon et lui tends son verre, un peu maladroitement. Il accepte et on prend une gorgée debout, comme des ados à une boum, aucun de nous deux n’osant s’asseoir. Je finis par m’installer sur le canapé, le plus gracieusement possible. Il me rejoint timidement. On papote un peu, Ça fait combien de temps que tu vis là, tu as trouvé comment, c’est tes meubles à toi, non c’est vrai que c’est sympa comme quartier, ça te fait pas trop loin pour le boulot, patati et patata. Subtilement, je tourne mon corps vers lui, c’est du langage corporel inconscient, je veux juste lui faire comprendre que je suis opé pour qu’il passe à l’attaque. Quand il veut, on n’est pas pressé hein. Il a une pose détendue, mais il n’a pas spécialement l’air prêt à se rapprocher. Je termine mon verre au plus vite, pour qu’on puisse passer à autre chose. Je regarde avec espoir le niveau du sien qui diminue. Il s’apprête à le reposer vide sur la table quand il me dit Tu en reveux un peu ? Poliment, je refuse, tandis que lui se ressert. Bon, très bien. C’est ridicule. Pourquoi suis-je autant pressée tout d’un coup ? On n’est pas bien, là, à se faire la conversation, à se découvrir un peu, à faire connaissance ? Mouais. Ça ira mieux après qu’on ait couché ensemble quand même.

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Bon, ça y est, il termine son verre et le pose sur la table basse devant nous. La conversation s’étiole, ralentit, meurt peu à peu dans une douce langueur. On échange un regard, il avance sa main. On s’embrasse doucement sur le canapé. Une copine m’a dit un jour qu’un baiser en disait long sur la manière de faire l’amour. J’essaie de me faire un avis, mais pas grand-chose ne me vient. C’est un baiser quoi. Il bouge sa main vers ma hanche mais moi je bouge tout court, pour éviter qu’elle n’atterrisse pile sur mon bourrelet : On va dans ma chambre ? Bravo, très subtil, très classe aussi. On se lève et on fait les trois mètres qui nous séparent du lit en nous tenant par la main comme des gamins. Là, on reste debout devant le matelas, encore gênés. Il s’approche à nouveau et nous voilà repartis pour les baisers. Debout c’est mieux. Mais ya pas à dire, allongés ce serait quand même mieux. Je prends donc l’initiative de me laisser choir en arrière avec un sourire que j’espère séducteur et non niais.

Ah oui, c’est vrai, il va falloir se déshabiller. Pendant qu’on s’embrasse encore, je fais un check mental de ma tenue. La robe, c’est relou, mais bon, ça va aller. J’ai déjà perdu le gilet. Les collants ! Eh mince, les collants. Je m’étais dit que je les enlèverai avant mais bon, j’ai oublié. Avec ma super technique de la double culotte (girls will know), ça va pas être très pratique. Bon, on s’en fout, ça va passer. Au moins j’ai assorti le soutien-gorge au bas, c’est déjà ça. Ah, il passe à l’action, main sur la hanche, le sein, la cuisse. Il veut aller voir sous la robe. Vite, une diversion : je commence à lui enlever son T-shirt, qu’il doit inévitablement finir par ôter lui-même. Pendant ce temps, j’empoigne la culotte du dessus et le collant et je déroule le tout d’un seul mouvement décidé, tout en faisant valser mes cheveux pour attirer son œil autre part. Pouf, plus de collants, il est en boule au pied du lit. Mission accomplie. Je n'ai plus rien à cacher.

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Ok, j’enlève ma robe le plus gracieusement possible, mais évidemment je m’y coince la tête dedans, en plus je suis assise toute pliée en deux, pour bien faire ressortir le ventre, au secours là, mais pourquoi il ne m’aide pas ? Ouf c’est bon, j’ai sorti la tête du tissu, je peux retrouver avec joie ma position fétiche allongée. Dans l’intervalle il a ôté son jean et surtout ses chaussettes, bien vu l’ami, tu as évité la faute de goût. On se re-paluche un peu partout et je sens ses doigts lutter avec l’accroche du soutien-gorge. Vraiment lutter. Bon, j’ai compris, je vais mettre la main à la pâte en passant mes bras derrière mon dos. C’est vrai que c’est pas facile. Merde, mais c’est coincé ou quoi ? Ah non, c’est bon, libération. La culotte c’est plus simple.

Au bout d’un moment, il s’agit de penser pratique : Tu as des capotes ? Il soupire : Ah oui, merde, elles sont dans mon manteau. Son manteau qui est au salon, donc. Il quitte le matelas qui grince et traverse mon appart à poil pour récupérer le précieux plastique. Pendant ce temps, je fais un petit check-up mental : ça se passe plutôt bien, non ? Il est marrant, sympa, je n’ai pas envie de lui dire de partir tout de suite, je suis plutôt curieuse de la suite : premier bilan positif. Le voilà qui revient, la capote aux dents, en train de déchiqueter l’emballage. Le moment de la pose peut être un peu awkward, il paraît qu’il y a des filles qui s’y collent elles-mêmes, avec la bouche parfois, franchement chapeau les filles, je vous admire. Pour ma part, je me contente de l’embrasser paisiblement en le laissant travailler de ses mains. Je serai capable de la dérouler dans le mauvais sens de toute façon.

Ca y est, feu vert, passons aux choses sérieuses. C’est quand même plutôt chouette de commencer en se regardant dans les yeux, c’est plus cordial, ça permet de jauger les réactions de l’autre, ça c’est bien, ça c’est moins bien, c’est un premier round d’observation. On a l’air à peu près sur la même longueur d’ondes, parfait. Il s’agirait maintenant de pimenter un peu la chose, de pratiquer différemment, de se lâcher un peu plus. J’attends qu’il prenne l’initiative, je suis plutôt conciliante comme fille. Ça ne tarde pas : Tu te mets sur moi ? Oh non, le relou. C’est crevant d’être dessus, tout le monde sait ça. Je prends position à contrecœur, fatiguée d’avance. Allez, en piste. Finalement, je rentre dans l’action, c’est pas si mal, c’est même plutôt très bien. Pour ma part, ce serait le moment idéal pour que ça se termine, je sens que je ne vais pas réussir à jouir cette fois-là, même si je passe un très bon moment, alors je fais tout pour qu’il arrête de se retenir en pensant qu’il doit me faire décoller avant de pouvoir lâcher prise. Bon, je simule un peu quoi. Rien de bien méchant. C’est pour la bonne cause ! Il y est presque, je le vois sur son visage. Ravie, je compte clore ma performance quand soudain : Je peux finir sur tes seins ?

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Wow, wow, jeune homme. On n’a pas gardé les cochons ensemble. Que répondre dans ces cas-là ? Dans le doute, je tente : Hmm, je ne préfèrerai pas trop trop. Il insiste : Tu es sûre ? Comment te dire : absolument certaine. Son visage se fronce de plaisir et j’en déduis que la partie de jambes en l’air est finalement terminée d’une façon plus classique. Je « démonte » et m’allonge à côté de lui, vaguement perturbée de sa dernière remarque. J’ai raté un épisode ? Ça se trouve, c’est devenu standard, le coup des seins ? Pourquoi personne ne m’a rien dit ? Je suis toujours la dernière au courant. Merci Glamour, je vois que je ne peux pas compter sur toi. Pendant qu’il fait un nœud à la capote, je remonte pudiquement le drap sur mes deux objets de son désir, au cas où il attente à nouveau à leur pudeur. Mais pas du tout. Il me fait un bisou sur les cheveux, murmure C’était bien, et s’endort la joue contre l’oreiller, ma tête sur ton torse.

Quant à moi, je me relève discrètement au bout d’un quart d’heure pour passer à la salle de bains, histoire d’éviter la cystite de trois jours après. Je prends une douche, tant qu’à faire. Je bois un verre d’eau. Je lis un bouquin dans le canapé. Puis, vers trois heures du matin, je vais me recoucher à côté de lui, un peu circonspecte, en essayant de m’analyser pour savoir ce que je ressens. Globalement, c’est positif, à part la note de fin dont je ne sais que penser. Pourquoi il a dit ça? Est ce qu'il s'est dit que j'étais super open comme fille? Si oui, faut-il bien ou mal le prendre? Faudra-t-il en parler ? Seulement si ça se reproduit. On verra bien. Carpe Diem etc. Je ferme les yeux puis les ouvre à nouveau brutalement : Mince, qu’est-ce que je vais bien pouvoir lui donner au petit-déjeuner ? 

Rédigé par Nombre Premier

Publié dans #En dessous de la ceinture

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Macadam Cowboy 19/04/2013 10:40


Y'a plus d'jeunesse ma bonne dame !!!