Wannabe entrepreneur (4)

Publié le 15 Octobre 2012

Suite et fin de l’épisode « recherche de local commercial » (le début est ici). Pour mon troisième round de visites, j’ai décidé d’employer les grands moyens : j’ai fini par prendre une journée de congés pour battre les pavés de Paris. J’ai pris sept rendez-vous, un lundi, pour être bien fraîche. A 20h30, épuisée, je me suis écroulée devant l’Amour est dans le pré (RIP, c’est fini), assez démoralisée. Le bilan était mitigé :

- Premier rendez-vous à 13h, je me suis trompée en notant l’adresse, je fais le pied de grue une demi-heure devant une porte cochère en pestant contre le mec, avant de l’appeler et de me rendre compte que je ne suis pas au bon endroit. Je remonte toute la rue Monge en courant, vu que j’ai rendez-vous à 14h à la banque à Saint-Michel. Le mec m’attend, à… cinquante mètres de chez moi. Quelle idiote. La boutique est très belle : sur deux étages, elle fait presque 130 mètres carré, donc le stockage est facile. Il y a de la hauteur sous plafond, de grandes vitrines, une cave saine, un loyer raisonnable. Mais il n’y a pas de passage. Je le sais, j’habite à côté. Je m’enfuis donc assez rapidement, sans regret.

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- Après un rapide passage à la banque, je file rue Saint-Honoré. Sur le site Bureaux-locaux, la boutique semble parfaite. Pas très grande (30 mètres carré) mais avec une cave pour le stockage, elle est idéalement placée, juste à côté du métro Louvre-Rivoli. Toute guillerette, je sors du métro et marche le nez au vent vers cette perle rare. Arrivée devant la vitrine, j’hésite. Est-ce bien là ? Une pièce exigüe avec un mec qui manipule des chaînes en or qui ne brillent pas (décidément, le commerce de l’or a le vent en poupe). J’entre tout de même : « C’est pour l’annonce… » Le mec me fait asseoir en me disant « Ah oui, bien sûr. C’est pour un bracelet, c’est ça ? » Ah non, comment dire, c’est pour ta boutique. Aussitôt, il se rembrunit : C’est mon patron qui veut vendre, il a 80 ans et ça ne marche pas très bien, un concurrent est venu s’installer juste à côté. Mais moi, ça m’embête, ça veut dire que je vais perdre mon boulot, vous comprenez. Je lui ai proposé de racheter le magasin, mais c’est hors de mes moyens. Du coup, les visites, j’en ai ma claque, je les fais à contre-cœur… Ambiance. C’est vite visité en même temps : tout petit, en longueur, une cave en terre battue. No way. Je le rassure et je file, le laissant à son chagrin.

- Suite des festivités : une petite boutique refaite à neuf, sur deux niveaux, vers le haut de la rue Montmartre. Autant dire que du passage, il y en a. Le mec a dix minutes de retard, alors pendant ce temps je scrute l’intérieur. C’est marrant, ce marbre noir partout. C’est… original. Enfin, le mec est là. Le rez-de-chaussée de la boutique fait environ 25m2, et il y a une réserve à l’étage, accessible par un fragile escalier en colimaçon. Trop petit, ça ne va pas le faire. A noter que le droit au bail est à 95 000 euros, tout de même. Je lui explique mon problème de superficie. Il me dit que justement, il a également deux boutiques à louer passage Choiseul, avec des droits au bail « à peine supérieurs ». Direction le passage, donc. Deux grandes boutiques de prêt-à-porter, très jolies, de 55m2 chacune. Droits au bail de 120 000 et 130 000 euros respectivement, « négociables ». Argh, elles me font bien envie, ces belles vitrines, dans ce beau passage. Je m’embusque pendant une demi-heure dans un coin pour observer le flux de gens. Pas très convaincant : c’est extrêmement calme. Je décide de passer à autre chose, tant pis. Cet endroit-là ne correspond pas à mon business model.

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- Direction à présent la rue du 4-Septembre, pour visiter une boutique de 40m2 selon l’annonce. Arrivée au lieu de rendez-vous, je reste perplexe : j’entre dans une pièce minuscule de 10m2. C’est normal, m’explique le mec de l’agence : il y a une autre pièce derrière de 10m2, et une autre pièce au sous-sol de 20m2. Logique, et surtout, pratique ! Pour le moment, c’est un magasin de costumes discount qui occupe les locaux. Je dis au mec de l’agence que ça ne me convient pas. Il comprend, mais il m’assure qu’avec un budget de droit au bail aussi ridicule (100 000 euros), je risque difficilement de trouver mieux. C’est toujours sympa à entendre.

- Après une petite pause dans un cyber-café pour balayer frénétiquement les sites d’annonces en ligne, je repars pour ma dernière visite de la journée, rue Saint-Gilles, dans le Marais. Je suis assez enthousiaste : un grand rectangle assez haut de plafond, avec une trèèès longue vitrine de presque six mètres de long. Bien sûr, il n’y a pas de réserve, il faudrait monter des cloisons pour isoler le coin toilettes, et je ne sais pas bien où je mettrais les cabines, mais il est 18h30 et je commence à désespérer. Le mec de l’agence m’annonce un droit au bail de 20 000 euros, très raisonnable car la propriétaire est une vieille dame qui souhaite surtout des locataires sérieux, d’ailleurs elle vous demandera une caution personnelle et six mois de loyer en garantie. Ah quand même. Et le loyer, justement, il est de combien ? 2 700 euros ? Ca ne va pas être possible. Je demande au mec s’il a d’autres biens à me montrer, il me dit oui, mais qu’il faut que je l’appelle quand il est à l’agence, du genre le lendemain vers 11h30, pour qu’on discute. Il a l’air pressé et il ne me regarde jamais dans les yeux, bref, je ne l’appellerai pas, je ne le sens pas trop.

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Une bonne journée de perdue, donc. Ca valait bien la peine de prendre un jour de congé. Failures : 3, Nombre Premier, 0. Dépitée, je retourne au boulot le mardi matin la mort dans l’âme. Un coup de fil dans la matinée : un mec dont j’avais complètement oublié l’existence me dit qu’il a enfin obtenu les clés d’une boutique pour laquelle je l’avais contacté. Serais-je disponible ce soir ? Allez, soit, un dernier petit échec pour la route. A 18h30, je me retrouve donc dans Montorgueil, devant une belle boutique en deux parties : une pièce principale de 30 mètres carré environ, et une réserve attenante de 12m2 où je pourrai installer deux cabines d’essayage. Beaucoup de hauteur sous plafond, pas de travaux, de la lumière, un quartier sympa. Pas de droit au bail car c’est un bail précaire, ce qui signifie que le propriétaire peut me mettre dehors au bout de 23 mois (au lieu de trois ans dans le cadre d’un bail commercial). Un loyer de 2 000 euros raisonnable pour le quartier. Je suis intéressée. Le dénommé Charles de l’agence me dit de réfléchir jusqu’au lundi suivant. Ce que je fais. Je dresse de nouvelles hypothèses financières, je demande les avis des amis, de la famille, de certains collègues.

Le samedi, je passe à l’action : bien installée à l’abri de la pluie à la terrasse d’un café de Montorgueil, je mets des petits bâtonnets sur un cahier pour évaluer l’affluence dans la rue de la boutique potentielle. Pas mal. Au bout d’une heure, je vais taper la discute aux commerçants du quartier. Les avis sont mitigés : il y a du passage, mais c’est dur de capter le flux perpétuel de la rue des Petits Carreaux. Beaucoup de boutiques ont leur rideau baissé, c’est un quartier qui change en permanence, les magasins se ferment et s’ouvrent sans arrêt. Les gens qui font leur shopping aux Halles ne viennent pas jusqu’ici généralement, même si c’est à dix minutes à pied. Mais peut-être que j’arriverai à les faire venir ? Je ne sais plus quoi penser.

C’est déjà lundi, il faut donner une réponse. J’ai un milliard de doutes, mais je me rends compte que si je ne prends pas ce local, je vais avoir des regrets. Il me plaît, et je ne sais pas si je trouverai mieux. Et il limite l’apport financier nécessaire au départ, ce qui me permettra d’alléger mon prêt. Je me lance, c’est oui. La signature du bail a lieu le mercredi, entre midi et deux. Le mec de l’agence me fait signer sur un coin de table, je donne mes chèques, il m’enverra le bail et les clés par courrier, bonjour-au revoir, je suis déjà dehors et en retard pour mon après-midi de boulot. Je ne réalise pas du tout. Je ne fête rien. J’ai juste peur.

Et puis, peu à peu, la joie s’installe. Le projet se concrétise. Il va falloir quitter le boulot plus tôt que prévu. Je ne peux plus reculer. Comment je vais faire ? On verra plus tard. En attendant, je vais commencer par boire un peu de champagne, tiens.

Rédigé par Nombre Premier

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