Wannabe entrepreneur (7)

Publié le 23 Novembre 2012

C’est reparti pour une énième histoire de culottes, wouhou. Enfin de tanga, pardon. Vendredi dernier, j’avais posé une journée de congé (l’une des trois RTT chéries qu’il me reste avant le grand départ vers l’Entreprenariat). Pour me faire connaître rapidement, et aussi parce que je suis persuadée que ça va être stylé, j’ai décidé de tourner un clip promotionnel. Un truc de trois minutes où on voit un peu les produits, où l’on comprend le concept de la boutique et surtout où l’on se dit « Hey, il a l’air chouette ce magasin/site Web ! Si j’allais y faire un tour ? » Du coup, en Septembre, je me suis posée devant une feuille de papier (old school, j’ai pas d’Ipad moi), et j’ai fait une liste de ce qu’il me fallait pour mener à bien mon projet.

- Des culottes (et autres articles de lingerie)

- Des filles pour porter les culottes (et autres articles de lingerie)

- Quelqu’un pour maquiller et coiffer les filles en culotte

- Des gens pour filmer les filles en culotte

- Un endroit où filmer les filles en culotte

- Une musique chouette à écouter pendant qu’on regarde les filles en culottes

La musique, c’était clairement le plus simple, puisque j’avais déjà une chanson en tête depuis un moment. Comme il s’agissait d’une reprise d’une autre chanson, j’ai d’abord écrit à l’artiste (non signé) à l’origine de la reprise. Il m’a répondu via sa page fan Facebook Yeah, no problem, sounds great, feel free to use it (oui, il est américain, il est trop swag). Ensuite, j’ai écrit à la SACEM, l’organisme qui gère les droits d’auteur de la musique en France, pour savoir s’il fallait quand même que je paie des droits d’auteur à quelqu’un, et si oui, à qui ? A la maison de disques de l’artiste originel ? Je te raconte pas le casse-tête pour la Sacem, qui ne dédie que deux petites pages de son site à la musique en ligne : c’est pour une diffusion exclusivement Internet, c’est une reprise d’une chanson produite par une maison de disques, mais l’artiste qui la reprend n’est pas signé. J’ai envoyé un mail à la SACEM et j’ai attendu. Et puis une semaine après, ils m’ont renvoyé un mail qui disait en substance On vous conseille de lire ce paragraphe-ci, ce paragraphe-là et ce texte-là sur notre site. Bonne chance avec votre embrouillamini ! Du coup, j’ai fait ce que tout un chacun aurait fait : j’ai archivé le mail et j’ai décidé de ne pas payer de droits d’auteur.

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Ensuite, les filles. J’ai cherché sur Google mannequins plus-size et je suis tombée sur le site d’une agence parisienne qui propose des mannequins « classiques » et des mannequins plus rondes (à partir du 42). On peut consulter les books des filles en ligne : plusieurs photos, une petite fiche d’identité qui mentionne leur âge, leur taille/poids, leurs mensurations, leur couleur de cheveux/d’yeux et leur pointure. Mais pas leur tarif à l’heure de shoot, malheureusement. Les filles étant toutes plus belles les unes que les autres, je me décide à appeler l’agence pour établir un petit devis. Je tombe sur une snobinarde qui me répond d’une voix pincée : Pour un shooting d’une demi-journée, il faut compter entre 1500 et 2000 euros minimum Mademoiselle ! Ah. Ok. Tant pis, alors. Un peu abattue, je m’en vais glandouiller un peu sur Facebook, où je m’aperçois que certaines des modèles ont une page fan. Ni une ni deux : j’envoie un message à une fille absolument sublime pour lui explique vite fait mon projet, avec le script du clip en pièce jointe. On verra bien.

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La ravissante Crystal Renn

En parallèle, je continue mes recherches. C’est décidé, l’une des mannequins/comédiennes sera une amie qui a suivi avec attention le projet depuis ses débuts et qui a bien envie de s’impliquer dans ce projet de clip. En plus de ça, elle est grande, belle et c’est une danseuse hors pair. Parfait ! A court d’idées, je passe une annonce type casting sur des forums et des pages de la communauté ronde, sans trop savoir à quoi m’attendre. J’ai bien fait de ne pas nourrir trop d’illusions, tiens. Je reçois des candidatures assez étranges : des femmes postulent car elles disent vouloir enfin s’accepter, et elles pensent que faire du mannequinat va les aider à se sentir mieux dans leur corps. Moi j’aurais dit que ça fonctionnait dans l’autre sens, mais bon. A l’inverse, d’autres s’assument totalement et ont juste envie de s’amuser. Certaines joignent des photos prises chez elles sur leur webcam, avec leur Iphone à bout de bras. D’autres ont des books Internet avec des photos en studio. Je pense notamment à cette fille qui devait avoir dix-huit ans maximum et qui m’a envoyé un lien vers son book de photos d’elle nue. Mais alors vraiment très nue. Genre, pas artistique quoi, juste elle nue assise par terre ou allongée sur le lit. Why not.

Et puis il y a quelques filles dont la candidature sort du lot, parce que le mail n’a pas de fautes d’orthographe et est bien construit, parce que la fille est très jolie et qu’elle a déjà une mini-expérience (défilé, concours de Miss, photos pour une marque…) Je tombe sur une fille de Lille qui débute à peine dans le milieu. Elle n’a pas de photos pro, mais on cherche une blonde et on n’en a pas trouvé d’autres de toute façon. On la prend !

Entre-temps, bonne nouvelle : le mannequin de l’agence rappelle ! Elle a lu le script, elle est emballée, elle veut bien bosser pour un quart de son tarif habituel. Joie intense. On se rencontre autour d’un café pour en parler (attention, dans les brasseries autour de l’Etoile, les jus d’orange frais sont à huit euros). Elle est simple, drôle, vive et pleine de bonnes idées. Et elle est canon. Ca c’est chouette ! Il manque encore un mannequin. Je le trouve en fouillant Facebook de page en page, jusqu’à tomber sur un nouveau web-magazine dont cette rousse fait la couverture. Elle est disponible, elle a aimé le concept du clip. Je lui donne rendez-vous le 16 novembre pour le tournage. Le casting est au complet !

A présent, passons aux gens qui vont filmer. Je me tourne à nouveau vers mon cher ami Google. Il me sort une liste de boîtes de production qui réalisent des films publicitaires, et je demande des devis rapidement. La première agence qui me rappelle me sort un truc astronomique à presque quatre mille euros. Impossible pour moi avec mes moyens. La deuxième agence prend le temps de discuter du projet et de lire le script. Ils connaissent déjà la reprise et aiment bien l’idée du clip, du coup ils font un geste commercial et rentrent donc dans mon budget. Ca prend forme ! Une amie d’amie maquilleuse qui bosse pour des marques de luxe se joint à notre incroyable aventure, comme on dit à la télé. Pour la coiffure, je suis prise d’un sursaut de confiance éperdu : je vais m’en occuper moi-même, avec mon amie qui tourne dans le film, appelons-la Modèle. Ca ne doit pas être bien dur, d’attacher un élastique ou deux.

http://cdn-elle.ladmedia.fr/var/plain_site/storage/images/beaute/cheveux/coiffure/la-tresse-coiffure-star-du-printemps/elie-saab/13451729-1-fre-FR/Elie-Saab_reference.jpgEasy peasy.

Il manque encore le lieu du tournage, et c’est la partie un peu technique. Quatre scènes à tourner, quatre décors en intérieur différents. Avec Modèle, on commence à faire le tour des apparts de nos gentils amis pour voir si leur salon ou leur chambre conviendrait, avec des contraintes de profondeur de la pièce et de placement de l’éclairage transmises par les mecs de la boîte de production. Après une après-midi particulièrement épuisante à faire des visites entre République et Belleville, on rentre se poser chez Modèle pour faire le point. Mais en fait, il est cool le salon de Modèle. Hyper grand et lumineux. Et sa chambre, elle est comment sa chambre ? Ah oui, pas mal ! Et la chambre du coloc, alors ? Très bien aussi ! Emballé c’est pesé : le tournage aura lieu chez Modèle, son mec et son coloc, et on déplacera les meubles de pièce en pièce au fur et à mesure.

Bon, je crois qu’on a tout là non ? Ah mince, les culottes ! Il faut bien habiller les charmantes jeunes filles recrutées ! Ma boutique n’existant pas encore, laissez-moi vous dire que ce n’est pas de la tarte de trouver une guêpière en 100G, un maillot de bain canon qui soutient du 105H, et une nuisette du plus bel effet sans tomber dans des trucs vendus en sex-shop. Je passe commande sur des sites atrocement lents (presque un mois pour avoir le produit, c’est cool !), et je tanne les fournisseurs pour qu’ils passent commande en urgence pour certains produits. Ensuite, on croise les doigts très très fort pour que les dames ne se retrouvent pas toutes nues devant la caméra. Confidence pour confidence : il m’est arrivé de décroiser les doigts en regardant leurs photos. Mais bon, je me suis reprise hein !

Et ça y est, on est déjà vendredi, le jour J, il est sept heures du matin et je suis dans un taxi direction République et l’appart de Modèle. Je suis chargée comme un mulet vu que je transporte la moitié de la déco de mon appart (dont deux cadres en verre) pour créer le décor de certaines scènes, les fameuses tenues des filles, et trois tonnes de bouquins, encore une fois pour décorer. Pas mécontente d’arriver, j’appelle Modèle pour qu’elle descende m’ouvrir. Bah, pourquoi elle ne répond pas ? Je ré-essaie, personne. Un texto, un message Facebook et dix minutes plus tard, toujours rien. Je finis par aller acheter des croissants pour tout le monde dans la boulangerie d’à côté. Quand je reviens à mon poste, un mec entre dans l’immeuble, je le suis et je réveille Modèle en appuyant sur le digicode. La journée s’annonce longue, mais je ne sais pas pourquoi, je suis hyper (trop) en forme. L’adrénaline sans doute.

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Huit heures et demie, la maquilleuse et l’équipe de tournage arrive. Je descends au Franprix pour ravitailler les troupes en scotch, lingettes démaquillantes et dosettes de café. Je remonte. Apparemment ce ne sont pas les bonnes dosettes. Je redescends. C’est bon, on peut réveiller tout le monde. On commence à bouger les meubles pour libérer la première chambre, pendant que les mecs de l’équipe de prod installent leurs lumières. Le premier mannequin arrive, la Lilloise. Avec son mari. Surprise ! Il dit qu’il l’accompagne toujours quand « il ne connaît pas ». C’est sûr, on ne se connait pas (encore). La Lilloise a l’air très sympa, et très à l'aise! Super: on l'envoie au maquillage.

Pas facile d’agencer une chambre pour faire crédible. On cherche des éléments de déco un peu partout, on improvise. Je dois recevoir chez moi un colis UPS qui contient les fameuses nuisettes tant attendues. Je me tape donc un petit aller/retour éclair dans le 13ème avant de revenir à République. J’en profite pour attraper des collants et de la déco supplémentaire. De retour à l’appart, le deuxième mannequin est arrivé, c’est le plus connu. La Star demande où est notre coiffeuse. Modèle et moi, on se regarde : fuck. Heureusement, Modèle a un éclair de génie : elle envoie la Star au petit salon de coiffure d’en bas se faire faire de belles boucles. Quand je descends régler la note, je l’aperçois en train de se faire martyriser par une coiffeuse des plus violentes. Je tire parce qu’il y a des nœuds ! Je m’éclipse lâchement en espérant que le résultat en vaille la peine.

Ca y est, le tournage débute dans l’appartement. Première scène pas évidente pour la Lilloise, en maillot de bain en plus ! Mais elle s'en sort plutôt bien! Ca prend pas mal de temps d’avoir ce qui nous faut dans la boîte, donc on a pris un peu de retard, mais ça y est. Mes deux camarades de l’agence Web, qui planchent sur le site marchand, ont réussi à se libérer pour une bonne partie de la journée et donc ils prennent des photos en mode making of, c’est chouette. La Star remonte de chez le coiffeur, elle passe au maquillage. Entre-temps, le troisième mannequin arrive, la Rousse, un sourire renversant. Et une patience à toute épreuve, puisqu’on a bien une heure de retard. On commande des pizzas pour tout le monde, ça revigore.

Il doit être 13h30 et c’est au tour de la Star de faire sa scène. Dans la salle de bains de Modèle, je l’aide à enfiler sa guêpière et son porte-jarretelle. Pour lui accrocher ses bas à l’arrière des cuisses, je suis à deux centimètres de ses fesses. C’est intime, mais c’est marrant. Par contre, je me suis trompée de taille, pour la guêpière. Les bonnets sont un peu grands. Pas de problème, me répond la Star, on va les rembourrer avec des collants. Aussitôt dit, aussitôt fait. Mais chut, c’est un secret ! Quand la Star fait son apparition sur le « plateau », les mâchoires de l’équipe de tournage et de l’agence Web se décrochent direct. La scène se déroule sans anicroche, elle est parfaite. A la fin, la Star enlève les collants de ses bonnets devant l’équipe de prod en lançant : Et oui, c’est une grosse arnaque !

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La suite, c’est la Rousse et sa nuisette, une scène pas facile, on commence à fatiguer. La Star met la main à la pâte pour mettre la Rousse plus à l’aise. Je m’éclipse pour appeler la banque, et quand je reviens, la scène est tournée. Soulagement intense. Plus qu’une ! Modèle sort du maquillage, dans sa tenue de gameuse du dimanche : T-shirt Superman découpé et culotte bleue (et soutien-gorge assorti bien sûr). Dernière scène, elle s’installe sur le canapé, elle saute, elle danse, elle déchire tout, on a fini de tourner en cinq minutes, c’est dans la boîte !

Les mecs de la boîte de prod remballent leur matériel, il est 19h30, on est claqué. Il reste la maquilleuse, Modèle, son mec et moi, complètement épuisés. On commande des sushis et on se pose devant Koh-Lanta, au bout du rouleau. Je sais pas comment ça se fait, mais au beau milieu de l’épreuve d’immunité, je m’endors lourdement. La maquilleuse me réveille pour Qui veut épouser mon fils ? On rigole comme des baleines pendant que Modèle s’endort sur le canapé. A une heure du matin, on quitte l’appart endormi et on partage un taxi direction nos pénates respectives.

A l’heure actuelle, il y a toujours une énorme valise dans l’entrée de mon appartement, avec notamment dedans en vrac :

- Un seul bas (l’autre s’est filé à la pose)

- Des protège-slips neufs éparpillés

- Une paire de lunettes de soleil vintage

- Une tête de Lego décorative qui a servi dans la dernière scène

- Un peigne à chignon dont je ne comprends toujours pas l’utilisation

- Une boîte à bijoux à demi ouverte dont le contenu s’est répandu dans toute la valise

- Un paquet d’Arlequins à moitié vide

- Des dosettes Leader Price qui ne servent à rien

Rangement prévu ce week-end. Hâte de voir le film monté !

Rédigé par Nombre Premier

Publié dans #Wannabe entrepreneur

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nudi 23/11/2012 11:57


je surlike cet article !!! et je pense qu'il te vaudra de nombreux nouveaux visiteurs grâce au nombre de fois où tu repetes "les filles en culotte" ;-)

Nombre Premier 25/11/2012 14:05



Héhé, merci Nudi, c'est trop gentil :)