Toulouse, c'est fini

Publié le 19 Janvier 2012

Etre amie avec ses collègues, c’est une bonne idée ? Pas sûr. Jusque là, je n’avais pas vraiment d’ami parmi les gens de l’open space. Des potes anciens stagiaires, oui. Le consultant à l’autre bout du couloir, oui, mais il est loin et je ne travaille pas avec lui. Tout le monde est très sympa et les rapports sont cordiaux, mais pas de relation plus profonde qu’une bonne marrade au déjeuner et des discussions sur tout et surtout rien.

Et pourtant, aujourd’hui, c’est un grand jour : j’ai une amie au boulot. Une vraie.

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Il s’agit de Collègue Blonde.

Elle est jolie, Collègue Blonde. Des cheveux dorés et de grands yeux bleus, une peau de porcelaine, un rire attachant. Elle sort depuis plusieurs années avec un auditeur qui a fait la même école de commerce qu’elle. Elle aime bien tout un tas de trucs, voyager, bouquiner (elle m’a prêté Le pigeon de Süskind et un livre sur l’Australie, les deux étaient super), faire la cuisine et sortir avec des amis. Elle fait de la gym suédoise et elle rigole beaucoup.

Bref, c’est ma pote. On a noué des liens en allant ensemble à la machine à café chercher des vivres (elle m’a fait découvrir la citronnade Pulco, j’ai partagé mes Oreo). Puis on a parlé de tout et de rien, on a bossé ensemble sur plusieurs sujets. Elle m’a expliqué plein de trucs que je n’avais pas compris et que je n’osais pas admettre ne pas avoir compris. Moi j’ai réussi à l’aider sur une ou deux questions, ce qui m’a rendu très fière de moi. Et là, c’est la révélation, c’est la grande déclaration d’amour : elle m’a proposé qu’on parte en vacances ensemble.

Oui, non mais là, je sens que ça peut prêter à confusion. Elle ne m’a pas suggéré d’aller passer un week-end prolongé en tête à tête dans un hôtel avec spa au Touquet. Elle m’a juste dit qu’elle comptait rendre visite pendant trois jours à une ancienne collègue à nous à Toulouse, et qu’on pouvait y aller ensemble si je voulais. On flânerait main dans la main dans la ville rose, parlant indifféremment de traitements comptables et littérature, apprenant à nous découvrir un peu plus, profitant des débuts de cette liaison romantique et surtout confidentielle.

En effet, personne au bureau ne pourrait être au courant de notre amitié. Personne. Les gens jasent. Ils vous jalousent, ils ne comprennent pas, et ils peuvent s’en servir contre vous (par exemple, Collègue Spychopat). Donc, motus et bouche cousue. Collègue Blonde et moi, nous garderons notre escapade secrète, ainsi que la suite de notre belle histoire. De plus en plus proches, nous viendrons au travail ensemble, ravies de nous retrouver, nous soutenant mutuellement, toujours là l’une pour l’autre, dans notre bulle ensoleillée.

Et puis un jour, de gros nuages viendront s’amonceler à notre porte. Elle me préfèrera une autre, j’aurai envie d’aller voir ailleurs. Nous nous éloignerons insensiblement, parce qu’on change, parce que tout change, parce qu’il est illusoire de vouloir évoluer toujours dans la même direction, enfin la plupart du temps. Nous discuterons à voix basse dans les couloirs, nous ferons de grands gestes en nous accusant mutuellement. Nous nous parlerons par stagiaire interposé, le reste de l’open space nous regardera d’un air ahuri quand nous règlerons nos comptes devant les auditeurs (attention, il y a une blague dans cette phrase). Poussée à bout, l’une de nous finira par changer de service, pour aller répandre de perfides rumeurs sur l’autre, cette harpie dont elle ne veut plus jamais entendre parler.

En lapant ma citronnade Pulco devant le distributeur, en face de Collègue Blonde qui parlait de Toulouse en touillant son café, j’ai vu toute notre histoire défiler devant moi.

Inutile de vous dire que j’ai refusé d’aller à Toulouse.

Je crois que j’ai eu une amie au travail pendant trois minutes aujourd’hui.

Rédigé par Nombre Premier

Publié dans #Vie de bureau

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cynicalso 19/01/2012 20:32


j'ai aimé tout plein, j'ai aimé le clin d'oeil, j'ai été un peu jalouse même, jusqu'à ce que j'apprenne avec soulagement l'issue de l'histoire. Super article !

Nombre Premier 20/01/2012 14:07



Oh, merci Nudi, c'est adorable :) Ne t'inquiète pas, pas de raison d'être jalouse, on ira à Toulouse ensemble si tu veux! (ou ailleurs hein, tu choisis)


Bisous !